PROSPECTIVE. Les énergies renouvelables électriques se développent rapidement mais d’autres pans entiers de la consommation, comme la chaleur, le froid ou les transports, sont encore largement couverts par des sources fossiles. Le réseau international REN21 dresse un rapport édifiant sur ces usages à faire évoluer d’urgence.

En 2017, les investissements mondiaux dans de nouvelles capacités de production d’énergie ont été principalement tournés vers des sources renouvelables (éolien et photovoltaïque en tête) devant les sources carbonées. De nombreux pays se sont ainsi fixé des objectifs à atteindre grâce à l’emploi de ces renouvelables qui sont aujourd’hui considérées comme des technologies fiables et compétitives, capables même de générer de l’activité tout en luttant contre le changement climatique global. Cependant, les progrès réalisés ne sont pas homogènes selon les pays et les secteurs considérés. Ceux des transports ou de la génération de chaud et de froid, notamment, restent très en deçà de la production d’électricité.

Pour les besoins de chaleur par exemple, qui comptent pour plus de la moitié de l’énergie finale consommée en 2015, le rapport du Renewable Energy policy Network for the 21st century (REN21) rappelle qu’ils sont largement couverts par des carburants fossiles (70 % des cas). D’où l’intérêt de mettre l’accent sur des options de production de chaleur décarbonées, à destination de l’industrie ou du chauffage des bâtiments. Là aussi, selon les experts, les pays devraient adopter des stratégies de long terme ambitieuses, avec des objectifs chiffrés. Hormis la biomasse, traditionnellement employée depuis des millénaires pour des usages domestiques, les énergies renouvelables ne représentent aujourd’hui que 10 % des besoins. L’usage des différentes technologies de solaire thermique, de la géothermie ou de la valorisation de chaleur fatale de procédés industriels, pourrait être développé à l’avenir.

Difficile de se passer des dérivés pétroliers

Dans le secteur des transports, le deuxième plus énergivore avec 29 % de l’énergie finale mondiale, la situation est encore pire. Dans 96 % des cas, la source d’énergie est carbonée : en effet, tous les modes de transport à courte ou longue distance (camions, navires, avions et trains) fonctionnent avec des dérivés plus ou moins lourds du pétrole. Ils engloutissent d’ailleurs près de 65 % de la production mondiale de brut. Le REN21 souligne l’expérimentation positive des biocarburants, mais qui reste trop dérisoire à l’échelle globale (moins de 3 %). Cette fois, la transition vers des énergies non émettrices de gaz à effet de serre se heurte à plus de difficultés : l’efficacité des renouvelables n’est pas encore suffisante pour être embarquée de façon compétitive par rapport à des motorisations classiques, dont le développement a bénéficié de 100 ans de progrès. Deuxièmement, l’adoption de nouvelles sources d’énergie, comme les piles à combustible, nécessite d’aller de pair avec le déploiement d’infrastructures de recharge, des stations à hydrogène qui produisent et compriment le gaz avant de le distribuer de façon sécurisée.

Ces deux immenses secteurs accusent donc un « retard considérable » si le but reste de maintenir la hausse de la température de la planète sous les 2 °C symboliques d’ici à la fin du siècle. Pourtant, trop peu de pays se sont engagés à décarboner leurs transports et leur production de chaud/froid, remarquent les experts du REN21 : selon leurs chiffres, 48 pays ont adopté des trajectoires nationales de verdissement de ces secteurs, contre 146 pour la production d’électricité. Et quand bien même, les investissements mondiaux dans les EnR, qui s’établissaient à 240 Mrds € en 2017, restent très en dessous des 428 Mrds € annuels, dépense estimée indispensable jusqu’en 2040 par l’Agence internationale de l’énergie. Comble de l’ironie, les subventions et soutiens publics cumulés ont atteint les 317 Mrds € pour les projets d’énergies fossiles, là où ces aides n’ont totalisé que 120 Mrds € pour les renouvelables…

Par un effort de volonté

Pour se sortir de cette situation, le rapport de REN21 explique qu’il faudra une conjonction entre volonté politique, soutien direct et mesures d’intégration des énergies nouvelles. Les auteurs concluent : « Le soutien direct aux politiques en faveur des renouvelables doit être renforcé dans les secteurs de l’électricité et de l’énergie finale (…) Dans de nombreux pays, les EnR continuent de faire face à la concurrence de combustibles fossiles subventionnés. Entre temps, des politiques d’incitation sont nécessaires pour garantir des conditions d’exploitation efficaces pour les renouvelables dans les systèmes énergétiques et sur les marchés. Les décideurs devraient donc veiller à ce que les technologies émergentes puissent s’intégrer aux réseaux sur un pied d’égalité avec les autres solutions déjà existantes, en facilitant l’innovation, l’approvisionnement et la consommation finale d’EnR dans tous les usages« . Les experts notent également que les renouvelables devront être intégrées à la vie quotidienne des utilisateurs, y compris en encourageant des changements de comportement et des programmes de sensibilisation, ou en couplant technologies énergétiques et moyens de subsistance (dans les pays émergents).